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maisons de noël

Le Noël des naufragés

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François Edouard Raynal a fait naufrage sur les Iles Auckland avec 4 compagnons. Cela fait plusieurs mois qu'ils sont sur cette île, en attendant l'arrivée théorique des secours. Le jour de Noël va être pour l'auteur du récit celui de la décision de construire un canot, pour quitter ces lieux par leurs propres moyens.

Nous voici au 25 décembre, jour de Noël, jour de sainte réjouissance pour tous les chrétiens, de bonheur intime pour toutes les familles.

Aucune journée n'a été pour moi plus difficile à passer, plus remplie d'impressions poignantes. Il m'a été impossible de me mettre à aucun travail, de fixer mon esprit dans la réalité. Ma pensée s'échappait toujours et s'en allait là-bas, au delà des mers, dans ma patrie. Toutes les scènes dont cette grande fête est l'occasion se présentaient avec une netteté extraordinaire devant mes yeux.

Je voyais les rues pleines d'une foule animée ; les cloches sonnaient à toute volée ; des églises sortaient des chants sacrés mêlés aux accords de l'orgue ; le tout formait un concert, joyeux et solennel à la fois, dont je m'obstinais à écouter la confuse harmonie ; j'en souffrais pourtant, car je sentais que moi, je n'en faisais pas partie, que j'en étais séparé par un abîme infranchissable.

les naufrag�s dans leur cabane

Le soir, les naufragés lisent la Bible.

Puis, le soir venu, le silence se faisait dehors, les rues étaient désertes, toutes les fenêtres des maisons s'éclairaient. Dans chaque intérieur, la table était dressée, éblouissante de lumière, et toute la famille, depuis l'aïeul jusqu'aux petits-enfants, se pressait autour. De gais propos se croisaient, entremêlés d'éclats de rire ; la joie s'épanouissait sur tous les visages.

Mais tout à coup ces séduisantes images s'évanouissaient pour faire place à un autre tableau, bien triste, bien navrant, celui-là. Dans une petite chambre, sombre, silencieuse, deux personnes étaient assises l'une à côté de l'autre, près d'un foyer qu'elles avaient laissé s'éteindre : c'étaient mon père et ma mère. Leurs cheveux étaient blancs, leurs traits flétris, ils portaient des habits de deuil. Pour eux il n'y avait pas de joyeux Noël, point de repas de famille. La tête baissée, ils ne se parlaient pas, ils pleuraient… Ils pleuraient leur fils qu'ils croyaient mort.

Pour m'arracher enfin à ces douloureuses visions, je secouai la torpeur qui pesait sur moi. Je me levai du banc où j'étais assis depuis plusieurs heures, les coudes sur les genoux, la tête dans les mains, et je regardai autour de moi. Mes compagnons étaient affaissés par terre près de leurs lits, muets, la physionomie empreinte d'une profonde tristesse. Évidemment ils étaient en proie aux mêmes regrets amers, au même désespoir que moi

Je considérai quelques instants ce spectacle, puis, en moins de temps qu'il n'en faut pour le raconter, je sentis s'opérer en moi une révolution complète ; à l'abattement succéda une sorte d'exaltation ; mon cœur, soulevé par un transport de fierté, mêlée d'indignation et presque de colère, se mit à battre avec force ; d'une voix ferme, vibrante, je m'écriai :

les naufragés réparent leurs souliers

Raynal répare les souliers de son compagnon

« Non, cela ne peut durer ainsi ; c'est insensé, c'est lâche. À quoi servent nos lamentations et nos désespoirs ? Puisque les hommes nous abandonnent, c'est à nous de nous sauver nous-mêmes. Il est impossible qu'avec de la bonne volonté, de l'énergie et de la persévérance, nous ne venions pas à bout de nous tirer d'ici. Nous devons le pouvoir ; nous devons, en tout cas, le tenter. Courage donc, et à l'œuvre ! »

Mes camarades levèrent la tête et me regardèrent avec surprise, mais mon exhortation ne produisit pas sur eux beaucoup d'effet ; mon enthousiasme ne les échauffa pas. Ils me demandèrent ce que je voulais dire.

Je leur exposai alors l'idée qui venait de se présenter à mon esprit, et qui, tandis que je parlais, avait pris chez moi la consistance d'un projet arrêté.

« Je veux dire, repris-je, que, puisque notre canot est trop petit et trop frêle pour nous permettre une longue traversée, il nous faut construire une embarcation plus grande et plus forte sur laquelle nous quitterons cette île et gagnerons la Nouvelle-Zélande. »

Malgré l'ascendant que j'avais pu prendre sur mes compagnons et la confiance qu'ils avaient en moi, confiance due au succès qui depuis notre naufrage avait presque toujours suivi mes entreprises, ils ne firent pas à ma proposition l'accueil auquel je m'attendais. Les uns pâlirent et se turent devant l'effrayante perspective de s'aventurer sur une mer incessamment bouleversée par la tempête ; les autres objectèrent les insurmontables difficultés qui, selon eux, s'opposaient à l'exécution d'une pareille entreprise.

Je n'insistai pas, mais je me promis de me mettre à l'œuvre, tout seul, sans tarder, pensant qu'un commencement de réussite serait l'argument le plus puissant pour convaincre mes compagnons.

Pour aller plus loin

Les naufragés des îles Auckland, par François Edouard Raynal

Les naufragés des iles Auckland

À demain pour une nouvelle surprise !