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maisons de noël

La nuit de Noël

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Un conte de Noël extrait d'un livre d'histoires que des parents racontent à leurs enfants. Le livre est écrit par Arthur Mangin, à la fin du 19ème siècle.

On était au 24 décembre, c’est-à-dire à la veille de Noël. Il faisait un vilain temps, la neige tombait à gros flocons et couvrait la campagne et les bois ; le vent soufflait âpre et glacial. Dans la chaumière de Laurent le bûcheron, un feu de sarment pétillait et répandait la chaleur et la clarté.

Laurent était pauvre, mais il avait une femme bonne et pieuse, et deux enfants bien gentils : Joseph, âgé de six ans, et Annette, qui n’en avait que trois. Laurent lui-même était un homme honnête et laborieux, qui chérissait sa femme et ses enfants, et travaillait de son mieux pour leur gagner du pain ; mais il relevait à peine d’une longue et dangereuse maladie ; les petites ressources de la famille avaient été épuisées ; l’hiver, qui fait tant souffrir les pauvres, était rude ; et Laurent voyait approcher le moment où sa femme et ses enfants manqueraient de pain.

Ce soir-là le pauvre père, faible encore et fatigué, dormait depuis une heure environ ; Elisabeth, sa femme, était assise près du foyer, tenant sa fille sur ses genoux et ayant son fils debout à côté d’elle ; les deux enfants venaient de dire leur prière du soir, et leur mère les embrassait, car Joseph et Annette étaient doux et dociles, et ne chagrinaient jamais leurs parents par de la méchanceté ou de la désobéissance.

« Et maintenant, mes petits enfants, leur dit la bonne mère ; maintenant que vous avez bien prié le bon Dieu de vous garder, vous allez vous coucher, car voilà qu’il se fait tard.

— Oui, maman, fit Joseph ; mais écoute : tu disais tout à l’heure que c’est aujourd’hui la veille de Noël : est-ce cette nuit, pendant que nous dormirons, que l’enfant Jésus viendra nous apporter quelque chose pour nous récompenser d’avoir été sages ?

— Et à moi aussi ? s’écria la petite Annette.

— Bien sûr, et à toi aussi, dit Joseph : n’est-ce pas, maman ? »

La pauvre mère était bien embarrassée ; elle n’avait rien à donner à ses enfants, car le peu d’argent qu’elle avait économisé avait été dépensé pendant la maladie de son mari ; il en restait à peine pour la chétive nourriture de quelques jours. Les yeux d’Elisabeth se remplirent de larmes.

« Mes chers enfants, leur dit-elle, si l’enfant Jésus vient rendre la sauté à votre père, il vous aura fait le plus beau de tous les présents ; et vous devrez l’en remercier de tout votre cœur, et ne pas demander autre chose.

— Oh ! oui, maman, oui ! » s’écria Joseph ; et il joignit ses petites mains, et il répéta encore ces mots de sa prière : « Mon Dieu, mon doux Jésus, donnez la santé à mon père ! »

En ce moment, de petits coups frappés à la porte de la chaumière se firent entendre en même temps que la voix plaintive d’un enfant qui disait du dehors : « Ouvrez ! Ouvrez pour l’amour de Dieu ! »

Elisabeth posa sa fille à terre, et, suivie de ses deux enfants qui la tenaient par son jupon, elle courut sans hésiter vers la porte. Cette voix qui appelait était peut- être celle d’un être souffrant que Dieu lui défendait de laisser dans la peine.

Quand elle eut ouvert la porte, elle vit devant elle un petit garçon de l’âge et de la taille de Joseph : il était beau comme un ange, mais ses membres délicats étaient à peine vêtus ; sa jolie figure était baignée de larmes ; il tremblait de froid, et le givre et la neige couvraient ses cheveux blonds.

« Ayez pitié de moi, bonne dame, dit-il, et laissez-moi entrer chez vous. »

Élisabeth, pour toute réponse, le prit par la main, et, après avoir fermé la porte, elle attira l’enfant auprès du feu.

« Bonté divine ! s’écria-t-elle, d’où viens-tu à cette heure, tout seul ainsi, mon pauvre enfant ? T’es-tu égaré ? — où sont tes parents ?

— Je n’en ai pas, répondit le petit garçon ; j’ai été élevé par une bonne vieille femme ; ce matin je l’ai trouvée morte dans son lit. Alors j’ai été bien effrayé, et je me suis sauvé. J’ai marché toute la journée dans les bois ; je n’ai rien mangé, j’avais froid ; et, quand la nuit est venue, j’ai eu peur des loups. Je suis las et j’ai grand’faim.

— Eh bien, tu vas manger et te reposer, » lui dit Elisabeth, émue de pitié ; et elle réchauffa devant le feu les mains engourdies de l’enfant, sécha et lissa ses cheveux. Joseph et Annette aussi s’empressèrent autour de lui ; le premier lui apporta du pain, et la seconde lui donna une pomme avec laquelle elle avait joué une partie de la soirée.

Quand l’enfant fut réchauffé et qu’il eut mangé, Elisabeth lui demanda comment il s’appelait.

« Pierre, répondit-il.

— Et tu n’as plus ni père ni mère ?

—.Je ne les ai jamais connus. »

Elle cessa de l’interroger et demeura silencieuse et pensive, pendant que les enfants faisaient connaissance et babillaient tout bas.

Cet enfant sans parents, sans asile sur la terre, faisait grand’pitié à Élisabeth ; elle le regarda, et le trouva si joli et si malheureux, que les larmes lui en vinrent aux yeux. Pauvre petit ! se dit-elle, que va-t-il devenir ? — si nous le gardions ? — Il est vrai que nous avons à peine du pain pour nos propres enfants ; mais je n’aurai jamais le courage de renvoyer cet orphelin —Et puis Dieu nous aidera !

En ce moment Joseph s’approcha d’elle :

« Mère, lui dit-il, tu veux bien, n’est-ce pas, que Pierre resté avec nous ? —Il dit que c’est la sainte Vierge qui l’a envoyé chez nous : tu vois donc bien qu’il faut que nous le gardions. Ne sois pas en peine, je lui donnerai la moitié de tout ce que j’aurai ; et puis nous grandirons, et nous travaillerons comme deux frères pour toi et pour mon père.

— Et moi aussi ! » dit la petite Annette, qui ne voulait jamais en rien être séparée de son frère ; « et moi aussi je deviendrai grande, et je travaillerai comme maman. »

Les paroles de son fils, qui paraissaient à Élisabeth être inspirées par le Ciel, comme pour répondre à ses propres pensées, firent cesser toute hésitation.

« Oui, mon enfant, dit-elle en lui donnant un baiser ; Pierre restera avec nous, il sera mon troisième enfant. Ton père y consentira, j’en suis sûre, car il est bon, et ne pourra voir non plus ce pauvre petit sans être touché de son abandon. — Mais à présent, allons tous dormir, et demain matin nous montrerons à votre père le présent que l’enfant Jésus vous a fait en vous envoyant un frère. Toi, Joseph, tu vas donner une place dans ton lit à Pierre. »

Quelques instants plus tard, tous dormaient dans la chaumière, et Dieu veillait sur eux.

Longtemps avant le jour Laurent et Élisabeth s’éveillèrent. L’excellente femme raconta à son mari ce qui s’était passé la veille pendant qu’il dormait, et obtint sans peine de lui la permission de garder l’orphelin, et de l’élever avec leurs enfants.

Lorsqu’il fit jour, Elisabeth conduisit tout doucement son mari près de la couchette de Joseph pour lui montrer le nouveau-venu ; mais grande fut sa surprise de trouver son fils seul dans son lit : le petit étranger avait disparu

L’exclamation qu’elle fit réveilla Joseph ; le premier regard de celui-ci en ouvrant les yeux fut pour la place vide à côté de lui.

« Ah, maman ! s’écria-t-il, c’est donc vrai ce que j’ai rêvé ! Pierre n’y est plus, c’était réellement un ange !

— Que dis-tu là, mon enfant ? reprit la mère, éveille- toi donc, tu rêves encore.

— Non, maman, je ne dors plus ; mais cette nuit j’ai vu Pierre tout habillé de blanc avec deux belles ailes à ses épaules ; il était là à genoux sur la place même où il s’est couché hier soir. Il m’a embrassé sur le front, et puis il m’a dit : « Je ne suis pas un pauvre enfant ; je suis un ange que Dieu a envoyé près de vous pour éprouver vos cœurs ; je les ai trouvés tels que Dieu les veut, pleins d’amour pour lui et de charité pour les malheureux. Aussi vous serez récompensés, et la sainte Vierge, dont vous aimez le divin enfant, veillera sur vous. » Et alors, maman, au lieu de notre toit de chaume, j’ai vu le Ciel sur ma tête, et l’ange qui s’envolait, toujours plus haut et plus haut, comme les alouettes, jusqu’à ce que je ne l’ai plus vu. Oh ! Maman, je te disais bien que l’enfant Jésus penserait à nous ! »

Laurent et Élisabeth écoutèrent leur fils, plongés dans une sainte extase ; il avait cessé de parler qu’ils étaient encore là les mains jointes, les yeux levés au ciel, et ne pouvant revenir de leur étonnement.

« Dieu est tout-puissant, et sa miséricorde est infinie, dit enfin la mère. —Que sa sainte volonté soit faite !

— Amen, répondit Laurent.

— Amen, » dit aussi Joseph en joignant ses petites mains ; puis tendant les bras à son père :

« Va, papa, ajouta-t-il, tu ne seras plus malade jamais, jamais, puisque l’ange du bon Dieu a dit que la bonne Vierge veillerait sur nous.

— Oui, mon enfant, répondit le père, je me sens déjà beaucoup mieux ; mais il faut se lever vite, car c’est aujourd’hui le saint jour de Noël.

— Et nous irons à l’église bien prier et bien remercier l’enfant Jésus ! — Ah ! Vite, vite, maman ! »

À peine Joseph fut-il vêtu qu’il courut au berceau de sa petite sœur, la réveilla en l’embrassant, et lui raconta ce qui était arrivé la nuit ; mais Annette, au lieu de partager la joie de son frère, se mit à pleurer.

« Eh bien ! Qu’as-tu donc ? lui demanda Joseph ; pourquoi pleures-tu !

— Parce que le bon petit ange est parti, répondit la pauvre enfant. — Pourquoi n’est-il pas resté avec nous ? »

Joseph fut tout interdit à cette naïve objection, et il s’en fallu de peu qu’il ne se mette à pleurer ; mais la bonne maman, intervenant et s’adressant à Annette :

« Console-toi, ma fille, dit-elle : l’ange n’est pas parti ; c’est sa forme terrestre que ton frère a vue s’envoler ; mais lui, le bon ange, il est toujours près de vous, quoique vous ne le voyiez plus, et il ne vous quittera jamais. »

Annette essuya ses larmes, sans paraître pourtant bien satisfaite par l’explication que sa mère venait de lui donner.

« Maman, est-ce que je ne le verrai plus jamais ?

— Si tu es bien sage et que tu pries le bon Dieu et la sainte Vierge de tout ton cœur, peut-être t’accorderont-ils ce bonheur.

— Oh ! oh ! s’écria l’enfant en sautant de joie : je serai sage, va, mère ! Vite, allons prier le bon Dieu ! »

Peu d’instants après, toute la famille se mettait en marche vers l’église, Laurent appuyé sur le bras de sa femme, Joseph et Annette se tenant par la main.

À peine étaient-ils de retour et assis autour de la table pour prendre leur frugal déjeuner que le facteur de la poste entra et remit à Laurent une lettre qui venait de la ville.

Cette lettre était peut-être la première que ces bons paysans eussent jamais reçue : aussi rien n’égalait leur surprise ; ils regardèrent à plusieurs fois la suscription, de crainte de commettre une indiscrétion en brisant le cachet ; l’adresse était bien :

À Monsieur Laurent, bûcheron, au hameau de D

commune de F, arrond. de G… canton de N…

département de la Marne.

Il n’y avait pas de doute possible ; Laurent se décida donc à ouvrir la lettre, et il lut ce qui suit :

« Monsieur,

« Je vous prie de vouloir bien, avant la fin du présent mois, vous présenter dans mon étude pour y toucher votre part des dividendes de la maison S. et Cie, dont je suis le mandataire.

« Signé Duval, avoué à N. »

« P.-S. Vous voudrez bien vous munir de votre coupon d’action et des pièces nécessaires pour constater votre identité. »

Le bon Laurent n’en savait guère plus que vous, mes enfants, sur les compagnies, les actions et les dividendes. Il ne comprit rien à la lettre de l’avoué ; et sa femme n’y voyait aussi que de l’hébreu.

« Sais-tu ce qu’il faut faire ? lui dit-elle. Il faut, au sortir de vêpres, aller trouver notre bon curé. Tu lui conteras tout ce qui nous est arrivé depuis hier soir, tu lui montreras cette lettre, et il te dira ce que cela signifie. — Quant à moi, il me semble que ceci ne peut être qu’une nouvelle bénédiction et un nouveau bienfait de Dieu. »

Laurent suivit le conseil de sa femme. Après qu’eux et leurs enfants eurent pieusement assisté à l’office du soir et adressé au Ciel de nouvelles et ferventes actions de grâces, le père de famille se rendit dans la sacristie, et raconta au curé ce qui s’était passé.

Le bon prêtre fut certes fort étonné ; mais comme il était pénétré de la puissance et de la bonté infinies de Dieu, qu’il connaissait d’ailleurs Laurent et sa femme pour des gens honnêtes et pieux, il ne révoqua pas en doute le récit du bûcheron, et sa certitude s’accrut lorsqu’il eut pris connaissance de la lettre. Il en expliqua le contenu à Laurent, et celui-ci se rappela alors que, quelques années auparavant, son père avait placé entre les mains d’un négociant de N… une petite somme d’argent, fruit de ses économies. Depuis, le vieillard était mort, et Laurent avait oublié cette circonstance.

« Eh bien, mon ami, lui dit le curé, c’est évidemment de cela qu’il s’agit. Sans doute Dieu a béni l’entreprise, et veut que, grâce à l’industrie et à la probité de ce négociant, votre existence et celle de votre famille soient désormais à l’abri du besoin. »

Laurent remercia le sage pasteur et courut à sa chaumière. Ce ne fut pas sans peine qu’avec l’aide d’Élisabeth il retrouva dans le fond d’une grande armoire une petite liasse de papiers qui lui parurent être les billets et les actes désignés par l’avoué.

Le lendemain, de grand matin, il se leva, embrassa et bénit sa femme et ses enfants, et se rendit à N. — Tout alla au gré de ses espérances. L’avoué trouva les papiers en règle, et lui remit une somme de 6,000 euros, que Laurent rapporta tout joyeux dans sa chaumière.

Dès qu’il apprit aux siens la bonne nouvelle, tous, par un mouvement spontané, se jetèrent à genoux en versant des larmes de joie et de reconnaissance, et remercièrent avec ardeur la sainte Vierge Marie et son divin fils de leur évidente protection.

« Eh bien ! dit ensuite Elisabeth à ses deux enfants en les prenant dans ses bras, voyez-vous que l’enfant Jésus n’oublie pas ceux qui l’aiment et lui obéissent !

— Oui, maman. Aussi je l’aime bien, va, et je ne lui désobéirai jamais.

— Et moi aussi, » ajouta Annette.

Laurent acheta une jolie maisonnette avec un petit champ et un jardin. Au fond du jardin, il construisit, avec l’autorisation du curé, une petite chapelle où il mit l’image de la sainte Vierge tenant Jésus dans ses bras. Chaque jour la famille allait dans cette chapelle, prier et remercier Dieu, qui ne cessa de les bénir et de les protéger. Annette et Joseph grandirent, ils continuèrent à être la joie de leurs parents, et n’oublièrent jamais la nuit de Noël et l’ange que le bon Dieu leur avait envoyé.

Pour aller plus loin

Ce conte est l'un des chapitres du livre "Soirées en Famille", d'Arthur Mangin. À l'époque où il n'y avait pas la télé, ni les jeux vidéos, les parents racontaient des histoires aux enfants.

Soirées en Famille

Arthur Mangin

À demain pour une nouvelle surprise !